Traduction d'un extrait de «Our French-Canadian Ancestors» de Thomas J. Laforest.

Nos ancêtres Canadiens Français.

MICHEL LEMAY dit POUDRIER

Le nom «Lemay» rime avec le mois de mai, le coeur du printemps et de l'espoir. Le nom «Poudrier» signifie : «celui qui fabrique de la poudre à fusil», un puissant explosif, aussi utile que dangereux.

Notre ancêtre Lemay s'est fait connaître pour sa force et sa bonté.  Ces qualités, il les a acquises à travers ses responsabilités de : milicien, colon, charpentier, constructeur d'églises, pêcheur d'anguilles de pratique commerciale, père d'une nombreuse famille et aïeul d'une merveilleuse lignée de descendants.

Au cours des 500 dernières années, le nom des Lemay se retrouve parmi les grands «Français». Dans les guerres de religions, la famille est vite devenue une espèce de « mixtures »  de fidélités.  Plusieurs des Lemay furent des Huguenots qui se sont enfuis en Angleterre ou ailleurs pour échapper aux persécutions

La famille de notre ancêtre était des catholiques de la province d'Anjou, sur les rives de la Loire, un « boulevard aquatique » coulant entre les châteaux, murmurant la poésie et l'histoire de la France. C'est dans ce contexte qu'est né,  vers 1630, Michel Lemay à Chene-Hutte, plus tard CheneHutte-les-Truffeaux, bien connue pour ses carrières de calcite d'où provient cette pierre grise si prisée dans le domaine de la construction.

Dans cette ville d'Anjou, située dans le département de la Maine et Loire, district de Saumur, Canton de Gennes et diocèse d'Angers, on  dénombre encore plus d'un millier de Lemay. Il y a deux mille ans, les Romains y tenaient un camp fortifié. Les premiers Chrétiens y construisirent une église dédiée à Ste-Radegonde (521-587), Reine de la France.

Michel, fils de François Lemay et de Marie Gaschet, a grandi sur les rives de la Loire où, selon les saisons, différentes espèces de poissons étaient présentes, et de façon particulière, les anguilles. L'enfance de Michel s'est déroulée dans une France divisée par les guerres de religions, une France de pauvreté, de cruauté et d'intolérance. Selon, Bersyl, un pseudonyme pour le trifluvien Jean-Marie Houle Michel Lemay a quitté son pays natal pour le Canada en 1653.  Si tel est le cas, Michel Lemay a sûrement dû quitter, comme bien d'autres, pour aspirer à avoir du pain sur la table, de l'air libre à respirer... et enfin la paix parmi les Hommes.

Un colon émigrant

Ainsi, Michel Lemay, à 24 ans, a ramassé ses maigres effets, fait ses adieux à sa famille et à ses ami(e)s et a pris le chemin de l'aventure vers le Nouveau Monde.  À cette époque, les émigrants qui voulaient vivre dans un environnement sûr choisissaient Québec et sa « banlieue », les plus hardis se dirigeaient plus à l'ouest vers Ville-Marie, (Montréal) et les téméraires s'arrêtaient à Trois-Rivières. Au mois d'août 1653, Pierre Boucher parlait de « l'incertitude de cette époque due aux ennemis (Iroquois) , qui semait des doutes à quiconque voulait y vivre. ». Ce fut durant cette période que Michel Lemay devint un milicien dévoué à la défense du poste et où il acquit le sobriquet de « Poudrier ».

Trois-Rivières

Après s'être dévoué pendant plusieurs années à protéger ses proches et ses voisins, Michel s'est qualifié pour avoir droit à une terre gratuite. Le 9 mars 1655, le Père Léonard Garreau de la Société de Jésus (Jésuites) a décidé de diviser l'île St-Christophe en lot, île qui est située à l'embouchure de la rivière St-Maurice.  Cette île tient son nom de Christopher Crevier, Sieur de la Meslee. 

Celui-ci reçut deux des sept lots. Les autres furent donnés à Michel Lemay, Jacques Bertrand, Jacques Brisset, Jean Pacault et Pierre Dandonneau. Quatre ans plus tard, le 20 avril 1659, Crevier racheta le lot de Lemay qui n'avait pas eu le temps de le défricher. Il récupérera d'ailleurs les autres lots des personnes ci-haut nommées.

Cap-de-la-Madeleine

Entre-temps, entre 1655 et 1659, Michel reçut aussi quelques lots au Cap-de-la-Madeleine, en association avec le charpentier Élie Bourbeau avec qui il avait été associé depuis longtemps dans différentes entreprises. C'est de lui que Michel apprit les rudiments de son métier de la construction.

En 1659, Pierre Boucher demanda aux deux partenaires de construire une chapelle de 20 pieds par 20 pieds sur le lot de Ste-Marie du Cap. Plus tard en 1661, ces deux hommes défirent la dite chapelle pour la transporter à Fort St-François où ils demeurèrent suffisamment longtemps pour construire une palissade et une redoute.

Le 16 juin 1659, Michel Lemay maria Marie Dutaut (Duteau) à Cap de La Madeleine, près de Trois-Rivières. C'est le Père René Ménard, S. J., qui a béni leur union. Marie est née à  LaRochelle en 1640.

Voici ce qu'en dit l'histoire. C'est Gabriel Debien qui la décrit en ces mots : « Le 16 avril 1658, Jeanne Perrin, épouse de Pierre Dutaut, un commissionnaire de LaRochelle, s'engage, avec la permission de celui-ci, pour 5 ans à 50 livres par année, auprès de Jacques de la Poterie de Québec.  Ce contrat a été fait par son agent Pierre Denis. Celle-ci s'embarqua avec sa fille Madeleine de 9 ans. »

De plus, si l'on se fie au journal de bord du bateau, Prince Guillaume, ce même jour, Charles Dutaut, le garçon de 16 ans de Jeanne signa lui aussi un contrat de service d'une durée de trois ans. Sa soeur Marie qui avait 19 ans fit de même.  Ces contrats ont été signés devant le notaire Teuleron.

Jusqu'à ce moment là, il n'y a aucune trace du père ! C'est Archange Godbout qui a le dernier mot : « En ce qui concerne le père, personne ne sait pour quelle raison il est demeuré à Larochelle. Il est mort quelques mois plus tard à l'âge de 53 ans, laissant une fille Marie, née d'un mariage précédent avec Marthe Renaudin. »

 Bersyl nous dit que Jeanne Perrin n'a laissé aucune trace en Nouvelle France.  Michel and Marie ont vécu au Cap de la Madeleine durant une douzaine d'années.  Au recensement de 1666, ils avaient un employé du nom de Pierre; l’année suivante, la famille avait quatre têtes de bétail et 18 arpents de terre en jachère.

Le 20  janvier, le Jésuite Jacques Firmin donna à Michel un autre lot de 2 arpents au Cap de la Madeleine. Au mois d'août, Michel distribua 300 minots de grains à Michel Feuillant et à Jacques Haubert de Champlain.

Batiscan

La réputation de Michel comme colonisateur efficace n'était sûrement pas surfaite puisque le 22 mars 1666, les Jésuites lui ont offert une concession comprenant deux maisons et deux arpents de terre à Batiscan et à la Côte St-Éloi. Michel Lemay l'accepta et y amena sa famille au printemps 1669. Encore là, il se mit immédiatement à construire et à défricher à terre.

L'année suivante, il obtint 9 autres arpents dans Lotbinière. Trois de ceux-ci furent pour son garçon de 13 ans. Pour essayer de le retenir, les Jésuites lui ont offert un autre lot à Batiscan en septembre 1674. Mais... Michel, notre « oiseau migrateur » devait sûrement ressentir de la lassitude puisqu'il avait déjà vendu son premier lot reçu à Charles Dutaut, son beau-frère.  Le 26 mai 1669, son garçon Joseph fût confirmé par Mgr de Laval, l'Évêque de Québec. C'est à Batiscan que Michel recommença à pêcher l'anguille. Ceci va devenir sa principale activité après 1673, l'année où il reçu son premier lot gratuit à Lotbinière.

Lotbinière

À l'automne 1672, René-Louis Chartier reçut la Seigneurie de Lotbinière des mains de Jean Talon. L'année suivante, Michel Lemay obtint 9 arpents donnant sur la rivière, de Chartier. La famille Lemay semble avoir été la première famille à avoir l'honneur de s'établir  à St-Louis de Lotbinière

À l'âge de 48 ans, Michel avait finalement trouvé une place qui lui plaisait, puisque qu'à partir de ce moment là il ne chercha pas d'autres endroits où s'établir.  Au contraire, lui et sa famille se sont retroussés les manches et ils se sont construits une maison et en trois ans, ils avaient défriché 20 arpents de terre.

Dans les champs, il avait neuf bêtes qui broutaient l'herbe tendre. Dans la maison, trois fusils se tenaient prêts pour la chasse.  Le 1 mai 1680, Michel devint un « Petit Roi » lorsque Chartier lui élargit sa concession à 15 arpents de front par 20 arpents de profondeur.



Église de St-Louis
de Lotbinière.

Pêcheur d'anguilles.

À partir de ce moment, Michel n'eut plus de désir d'expansion. Maintenant, il restait à la maison pour pouvoir pratiquer son passe-temps favori, la pêche à l'an-guilles. Il commença celle-ci vers 1666 afin d'aller se chercher des revenus supplémentaires.  Au tout début, il pêcha avec des filets à la Pointe Ste-Croix. Plus tard, lorsque son sport devint un commer-ce, il pratiqua la pêche à fascines pour tirer avantage des marées afin de capturer ces frétillantes créatures.

Ce n'est pas par hasard, si lors de l'octroi de la concession de Lotbinière par Chartier, il y avait d'inclus des droits de pêche sur la rivière, en échange « du seizième des prises, qui devaient être salées et apprêtées ».

En 1722, Bacqueville de la Potherie écrivit que dans une seule marée, il pouvait prendre plus de 3 000 anguilles. C'est ce qu'on appelle une bonne pêche !!! Michel plaçait ces anguilles dans un baril par lot de 500 qu'il salait.  Dans une bonne saison, il pouvait capturer entre 60 et 70 000 anguilles. Le fruit de la pêche était vendu entre 25 et 30 livres du baril.  En 1679, Jean Lemoyne donna à la famille Lemay « un moulin avec toutes les équipements nécessaires pour moudre le grain en farine. » Le prix : 80 livres ou l'équivalent de 3 livres pour 100 anguilles.
 
Le père de famille

Michel et Marie eurent neuf enfants :

1.- Michel fût leur premier, né vers 1660.  En 1886, il s'est marié à Catherine Jobin et ils eurent 8 enfants.

2.- Joseph est né vers 1661 et en 1686, il épousa Agnès Madeleine Gaudry.  Il adopta le surnom de « dit Delorme ». Ils eurent 10 enfants.

   3.- Marie est née vers 1663 et en 1685, elle épousa Louis Houde.

4.- Ignace  est né vers 1665 et devint un commis-voyageur qui fit un voyage dans l’ouest le 28 juillet 1704. Il épousa Anne Girard en 1687. Il conserva le surnom de « dit Poudrier » de son père.

5. Marie-Jeanne  est née en 1666 et elle prit pour époux Étienne DeNevers, en 1688.

6. Charles est né est 1669 et c’est en 1691 qu’il épousa Louise Houde. Ils eurent 5 enfants.

7. Jean est né en 1670 et en 1700, il unit sa vie avec Marie-Hélène Boucher. Il prit le surnom de « dit Larondière ».  Ils eurent 8 enfants

8. Pierre est né en 1671 et comme son frère Ignace, il devint un commis-voyageur. Il fit des voyages dans l’ouest le 14 juin 1694 et le 25 avril 1702. Il a marié Anne Germain en 1695 et ils eurent 5 enfants.

9. Marie-Madeleine est née vers 1672 et elle maria Claude Houle en 1695.

Malheureusement pour la famille, Marie Dutaut mourût vers 1675. La date exacte de sa mort n’est pas connue et la seule façon de pouvoir en déterminer approximativement la date, c’est grâce à l’inventaire de ses biens qui a été faite le 30 novembre 1675.

Plein de chagrin, Michel a cherché à reorganiser son « navire sans capitaine ». Le 12 avril 1677, à la Côte Champlain, Michel épousa Michèle Quinville, la veuve de Nicolas Barabé et « Fille du Roi ». Celle-ci était veuve depuis plusieurs années et vivait seule avec 4 enfants. La célébration du mariage a eu lieu à une date non précisée.

De cette union sont nés deux enfants :

10. Antoinette qui est née le 8 mars 1680 à Lotbinière et qui a épousé François Girard à Les Grondines en 1710.

11. Louis-François fût baptisée le 8 mars 1684 à La Pérade et mourût le 13 juillet 1696 à l’Hôtel-Dieu de Québec.

Il faut bien comprendre qu’en 1678, lorsque la double famille vivait à Lotbinière, les arbres disparaissaient à vue d’œil dans le processus du défrichage. Au recensement de 1681, il y avait 15 personnes qui y vivaient ensemble.

La grande vague

La mort, comme une grande marée d'automne, amena avec elle la vie qui attendait, sur les rives de la rivière de la vie. À la fin de 1684, sans que les registres  rendent compte de la date et des raisons, Michel Lemay est disparu. Peut-être un accident de pêche ?  Qui pourrait le dire. Le 5 novembre 1685, Michèle Quinville, la veuve de Lemay, s'est mariée avec Louis Montenu de Lotbinière.  Elle est morte le 20 novembre 1700 à l'âge de soixante ans sans avoir eu d'autres enfants.

Comme une rivière

Évidemment l'espace disponible ne nous permet pas de parler de toutes les générations de Lemay. Les noms comme Lemay dit Poudrier, ou Delorme, ou Larondière sont les joyaux vivants autant du temps présent que du passé.
En 1959, J.A. Lemay estimait le nombre de ses descendants à 11 000 familles.


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